Habita’tech : le numérique au service de l’habitat
Partager

La fin de la révolution industrielle et le début du 20e siècle ont marqué un tournant dans l’avenir de – ce qu’on n’appelait pas encore – la domotique. Si jusque dans les années 1950, il ne s’agissait que des prémices de la domotique – invention de la télécommande sans fils, du téléphone, des premiers appareils électroménagers – aujourd’hui le numérique et la domotique nous entourent quotidiennement. Par le biais d’applications Smart Home connectées aux appareils de la maison ou simplement par l’utilisation d’une Box wifi, la domotique s’efforce de devenir une technologie accessible à tous. Selon la récente étude menée par Statista, l’équipement des foyers en matériel domotique est en constante évolution avec un taux de pénétration du matériel domotique dans les foyers français de 17% pour l’année 2021. Cette note de veille a tout d’abord pour objectif de faire le point sur les dernières innovations numériques et technologiques de 2022 dans les deux domaines prédominants de la maison connectée de demain : l’écologie et le confort. Cette note de veille aura enfin pour but de s’intéresser aux limites ou risques de cette technologie.

Eco’tech : Une maison engagée pour l’environnement

D’après le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la transition écologique est devenue cette année un enjeu majeur et vital dont l’imminence est indéniable. L’entreprise française BioHome Tech, spécialisée dans les systèmes de maisons et piscines intelligentes durables s’est intéressée à ce défi environnemental en présentant lors du CES 2022 (Consumer Electronics Show) de nouvelles solutions écologiques. En effet, la société offre de multiples services (BioHome, BioGarden, BioPool) opérés par des IA (intelligences artificielles) grâce à des capteurs, caméras, systèmes électroniques reliés au smartphone permettant d’optimiser le chauffage ou l’électricité de son habitat à distance afin de réduire drastiquement sa consommation d’énergie de 30% selon BioHome. L’application permet également via un second onglet de maîtriser l’utilisation et la qualité de l’eau, que ce soit celle de l’habitat, de la piscine ou du jardin, en définissant au préalable les zones et la quantité d’eau allouée à chaque lieu, équipement ou espèce végétale. Cette innovation technologique et écologique permet ainsi aux utilisateurs de réaliser des économies tout en étant écoresponsables.

Si le chiffre de la consommation énergétique des foyers est important, celui des entreprises en représente plus du double. Panasonic s’est intéressé à ce sujet environnemental en présentant une innovation sur les systèmes de réfrigération professionnels. En effet, les équipements réfrigérants des supermarchés sont les éléments générant le plus de gaz à effet de serre de tous les appareils présents dans ces commerces, notamment à cause des fuites imperceptibles des fluides, des mauvaises isolations ou des défaillances. Panasonic propose alors un nouveau réfrigérateur équipé d’un logiciel développé par la branche Hussmann de la marque japonaise. Ce dernier permet d’une part de gérer de manière intelligente la température des frigos équipés de divers capteurs et de fluides frigorigènes durables et d’autre part, de prévenir instantanément les techniciens de la moindre fuite et des éventuelles pannes. Un moyen significatif de réduire entre 23% et 70% la consommation énergétique des frigidaires. Le progrès de ce nouveau réfrigérateur professionnel ne s’arrête pas là. Il propose également, grâce à un système de scan et de capteurs, d’indiquer, pour des fruits par exemple, le moment idéal pour déclasser le produit et réduire simultanément son prix via un affichage connecté. Cette innovation permettrait à la fois d’éviter la détérioration et le gaspillage des produits, mais également de protéger de manière durable les forêts en remplaçant les étiquettes papier (environ 8 500 étiquettes par magasin changées régulièrement et manuellement pour les promotions) par des affichages électroniques à changement de prix automatique selon l’état et la date de péremption du produit.

Présente également lors du Consumer Electronics Show, Domethics, start-up italienne, propose à plus petite échelle, grâce à son hub USB « Adriano» écoconçu, de transformer son ancien smartphone ou sa tablette en box domotique via une application permettant de gérer tous les appareils connectés de la maison sur un seul écran. Ce nouveau dispositif permet donc de limiter ainsi l’impact environnemental tout en prolongeant la durée de vie de son appareil. BioHomeTech et Domethics ne sont pas les seules entreprises à proposer de telles innovations : certaines sociétés distribuent à plus petite envergure, comme « Adriano», des poubelles connectées capables d’identifier les déchets pour le tri sélectif. L’écologie et le numérique ne sont pas incompatibles et offrent une perspective d’évolution à long terme. Les entreprises en profitent pour développer leurs produits. Si l’impact environnemental de la technologie est au cœur des actualités, le confort apporté par la domotique à l’habitat est devenu, depuis la crise sanitaire de 2019, le second centre d’intérêt des Français.

Confor’tech : le numérique au service du bien-être

Depuis la crise de la Covid19, la relation de l’homme à son habitat a bien changé : la maison est devenue pour certains un second lieu de travail et pour d’autres l’élément central de leur vie privée. L’engouement pour la vie rurale, la démocratisation du télétravail, la possession d’une résidence secondaire sont autant de facteurs accroissant l’intérêt pour la maison connectée. Outre le gain de temps et l’aspect pratique, le numérique est perçu comme un outil contribuant au bien-être. Selon un sondage mené par l’IFOP, 58% des acheteurs d’objets connectés à l’habitat seraient motivés par l’amélioration du confort de leur logement. La société italienne Irsap a développé puis mis sur le marché son nouveau radiateur Polygon spécialement conçu pour le confort de l’utilisateur et l’intégration au design de la maison. Le radiateur connecté permet, grâce à un thermostat intelligent et à la connexion au smartphone, la gestion à distance du chauffage de la maison, mais également l’adaptation de manière autonome aux habitudes de son utilisateur. Une innovation en matière de confort et d’économie d’énergie. Dans la même veine, le nouveau PuriCare Aero Furniture de LG est également conçu pour se mêler au décor et purifier l’air grâce à sa filtration HEPA qui bannit les allergènes dans l’air, ainsi qu’à sa technologie UVnano (qui exploite les rayons UV-C pour éliminer « jusqu’à 99,99 % de certaines bactéries) qui maintient les pales du ventilateur sans virus ni bactéries. Il existe bien un lien entre le confort et la santé ; une corrélation que Kohler Systems a comprise en présentant ses dosettes de douche au CES 2023. Se basant sur la pratique de l’aromathérapie, le tout nouveau système de l’entreprise se fixe à la pomme de douche et, une fois que l’eau coule, l’infuse pendant plusieurs minutes de senteurs apaisantes et vitaminées, également bénéfiques pour la peau.

En effet, dans le domaine du bien-être, la santé est l’un des éléments mis en avant par les innovateurs de ces dernières années. L’entreprise allemande Sengled, spécialisée dans l’éclairage connecté, a levé le voile lors du CES 2022 sur la « Smart Health Monitoring Light » : une ampoule connectée capable de collecter les informations biométriques sur le rythme cardiaque, la température corporelle, le suivi du sommeil grâce à une connexion Bluetooth et wifi entre les ampoules et l’application sur smartphone. Celle-ci dispense le port d’une montre ou d’un bracelet connecté(e). Après avoir mené une étude au cours de laquelle des personnes gravement malades ont été équipées de nombreux appareils domotiques tels que des smartphones, des moniteurs à écran tactile, des traqueurs d’activité, des pèse-personnes wifi et des distributeurs automatiques de médicaments, le Lawson Health Research Institute de Londres a conclu que les appareils intelligents contribuaient à l’amélioration de l’état de santé des patients tout en leur évitant de séjourner à l’hôpital. Il est donc légitime que les chercheurs et les innovateurs dans le domaine sanitaire utilisent l’intelligence artificielle pour améliorer l’expérience de leurs patients, même à domicile. La FDA a récemment autorisé le Wheeze Detection de TytoCare : un dispositif d’examen à distance qui utilise l’IA pour analyser les sons pulmonaires qui y sont enregistrés ; le but étant d’aider les cliniciens à diagnostiquer les affections respiratoires à distance et d’offrir aux personnes souffrant d’affections respiratoires chroniques un meilleur accès aux soins. La domotique est même utilisée pour renforcer l’autonomie des personnes handicapées, à l’instar des concepteurs coréens Jaehee Lee, Byeonguk Ahn et Minseok Kim qui ont lancé Beyond Sight pour les malvoyants. Il s’agit d’une collection d’appareils ménagers, dont un haut-parleur intelligent, une télécommande et une minuterie, conçus avec des mouvements précis et des formes évidentes, de sorte que leur utilisation soit simple et intuitive uniquement par le toucher. Par ailleurs, de nombreux innovateurs cherchent à promouvoir des habitudes plus saines par le biais de leurs inventions. Des entreprises comme le fabricant allemand Sengled ou la start-up française Libu (accompagnée par Unitec) produisent des éclairages circadiens qui suivent et régulent les rythmes naturels de l’être humain afin d’améliorer le flux de travail et le sommeil. Parmi les appareils destinés à un mode de vie plus sain, certains se focalisent sur la nutrition, tandis que d’autres donnent la priorité au sport. En ce qui concerne la santé, U-Scan de Withings est un appareil pour les toilettes capables d’analyser l’urine afin de délivrer sur l’application des recommandations diététiques, et même menstruelles. Il y a aussi le Tiiun, un réfrigérateur LG qui utilise l’eau, l’éclairage et le contrôle climatique automatisés pour faire pousser des légumes à partir de kits tout-en-un en quelques semaines. Pour le sport, Acer a dévoilé son eKinekt BD 3 Bike Desk : une station de travail à vélo qui permet à ceux qui exercent à domicile de pratiquer du sport simultanément. L’énergie cinétique du pédalage génère de l’électricité réutilisable qui alimente la machine et recharge les appareils de l’utilisateur. Chaque année, les innovations dans le secteur de l’habitat et du numérique mises en avant lors des différents salons mondiaux du numérique ne cessent de se multiplier. Toutefois, la domotique a ses limites : plusieurs questions se posent autour des risques et de la sécurité de cette technologie.

Limites et risques de la domotique au service de l’habitat

Nous avons pu l’observer dans cette note de veille, la domotique est un moyen significatif de réduire ses dépenses financières et énergétiques, de gagner du temps et du confort, de se sentir protégé des cambriolages. Cependant, plusieurs points restent flous, notamment sur le plan technique et éthique autour de la protection de la vie privée des utilisateurs. Si certaines entreprises assurent une sécurité complète des données personnelles, la majorité des appareils électroniques connectés entre eux par liaison Bluetooth ou wifi peut favoriser l’accès à toutes les données de l’utilisateur dans le cas d’un piratage. Une personne malintentionnée peut facilement accéder aux caméras de l’habitation ou encore aux micros des enceintes vocales. La domotique comporte plusieurs risques qui peuvent aller d’un simple problème d’interférence jusqu’au piratage du système de domotique entier. De plus, ces techniques de gestion peuvent collecter des données sur les habitudes et les comportements des utilisateurs, qui peuvent être utilisées à des fins commerciales ou même partagées avec des tiers sans le consentement des utilisateurs. Étant donné qu’une maison connectée dispose de plusieurs objets émetteurs d’ondes, on peut avoir des problèmes d’interférence causant des dysfonctionnements. De nombreux articles de presse spécialisée dans la domotique ont souligné que l’instabilité du réseau internet des foyers et leurs interruptions affecteraient la fiabilité des équipements de domotique, ce qui crée notamment des problèmes pour la sécurité et la surveillance, mais également pour la gestion de l’énergie. Par exemple, en 2021, beaucoup de consommateurs de la marque Ring qui étaient propriétaires d’une caméra de sécurité, se sont plaints d’interruptions de leur système de sécurité et de l’incapacité d’accéder au stockage de leurs appareils. Pour résoudre ces problèmes, des entreprises comme Plume proposent des solutions de réseau domestique maillé qui améliorent la couverture et la fiabilité du réseau dans toute la maison.

Un autre risque potentiel est le coût, non seulement initial, mais aussi de maintenance et de mise à jour des systèmes, qui s’accroît avec le temps. Même si la domotique permet de faire des économies sur le coût de l’énergie en simplifiant la gestion, le prix élevé de ces appareils peut être un frein au passage à l’acte des consommateurs. Pour donner un exemple, aujourd’hui, une installation de base pour la domotique d’une maison qui inclut un système de sécurité, une gestion de l’énergie, de la lumière et des volets coûte entre 5 000 et 20 000 euros à un foyer. Cependant, de nombreuses entreprises œuvrent aujourd’hui à proposer des produits beaucoup moins chers pour pallier cette limite, c’est le cas de l’entreprise Wyze créée en 2017 et qui est aujourd’hui un leader sur le marché.

La bonne connexion de l’habitation peut également s’avérer problématique : si la maison ne possède pas une connexion internet suffisante, la liaison des appareils ne sera pas efficace et rendra l’utilisation de la domotique caduque. Les installations en wifi sont plus simples d’accès, mais les installations filaires qui sont plus stables au niveau des connexions peuvent devenir un vrai casse-tête. Pour faire face à ces problèmes, l’intervention de professionnels qualifiés engendre des coûts supplémentaires. La complexité de l’installation des systèmes pour les particuliers notamment pour les systèmes de sécurité et la diversité des entreprises et appareils qui ne sont pas tous compatibles ne facilite pas l’accès à la domotique. Les entreprises fabriquant de la domotique ont conscience de ce problème, c’est notamment le cas de l’enseigne Domadoo qui propose des services d’installation et de configuration de systèmes domotiques inclus dans le prix initial pour faciliter l’adoption de cette technologie. La domotique fonctionne entièrement grâce au courant électrique, ce qui occasionne des problèmes lors de coupures d’électricité, présentant des risques pour l’habitation. Les dispositifs de sécurité tels que les caméras de surveillance et les alarmes peuvent être hors service et exposer la maison à des cambriolages.  

D’autre part se posent des questions d’ordre psychologique. Selon un sondage mené par OpinionWay, 42% des Français interrogés refusent de posséder un assistant vocal connecté par crainte de ne pas maîtriser leurs informations personnelles. Enfin, la domotique peut avoir un impact sur le plan physiologique : ces automatismes suscitent l’inquiétude des spécialistes du milieu médical qui considèrent qu’ils peuvent être une incitation à la paresse : plus la technologie est omniprésente autour de l’homme, plus celui-ci va avoir tendance à s’habituer à l’assistance apportée par le numérique au prix de sa santé (dépendance, manque d’exercice physique). Il est aussi possible que les utilisateurs de la domotique deviennent trop dépendants de la technologie pour la gestion de leur maison. Si un système de domotique tombe en panne, les utilisateurs peuvent avoir des difficultés à effectuer des tâches manuellement. Face aux risques et limites, les concepteurs de domotique essaient toujours de proposer des améliorations.

Tout projet novateur comporte sa part de risque et d’appréhension, mais nous l’avons vu dans les exemples, la centralisation des accès et la commande des équipements présentent des atouts capitaux indéniables. En conclusion, l’utilisation du numérique au service de l’habitat s’assure une belle perspective d’évolution dans plusieurs domaines. Les applications sont visibles dans les secteurs de l’environnement et de « l’écoconfort », mais également dans les secteurs du médical, comme le démontre l’entreprise Home Control en dispensant des services d’intégration domotique pour l’aide à la personne en mobilité réduite et aux personnes âgées. Il en est de même dans le secteur de la sécurité avec l’entreprise Ring et son capteur de bris de glace alertant l’utilisateur en cas d’effraction. Le progrès ne s’arrête pas et la nouvelle intelligence artificielle fait preuve de créativité. Le numérique dans l’habitat a de l’avenir, charge à l’utilisateur de contrôler son usage et d’en fixer ses limites.

Libu, une entreprise citée dans cette note de veille, est accompagnée par Unitec. Libu, c’est l’éclairage circadien qui favorise la santé au travail en fournissant la bonne lumière au bout moment, afin de réguler le rythme biologique des collaborateurs.


Cette note de veille a été rédigée par les étudiants de l’ISIC Bordeaux Montaigne : Vincent Goffin, Génésis Saladin, Ismaël Parrod et Marwane Houmadi supervisés par Alexandre Bertin, Responsable Veille et Prospective à Unitec.

AUTRES ARTICLES

avril 9, 2024