L’avenir du tourisme à l’heure du Web3
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A peine les 18èmes Rencontres du eTourisme de Pau ont refermé leurs portes qu’il est déjà l’heure de se tourner vers l’avenir. Cette année, trois mots barraient la page d’accueil des Rencontres : humain, nature et metavers. Si l’association des deux premiers paraît évidente (quoiqu’il ait fallu des dizaines d’années pour réconcilier l’Homme et la nature et le chemin est encore très long), l’apparition du mot-buzz de l’année (le metavers, bien entendu) laisse penser que le monde du tourisme s’intéresse déjà à demain. Le metavers, nous l’avons déjà abordé à maintes reprises (Dossier spécial en janvier dernier, #Signaux22), peut être considéré comme une couche communicationnelle nécessaire au Web3.

Le secteur touristique, comme de très nombreux autres secteurs d’activité, doit s’intéresser dès aujourd’hui aux innovations permises par le Web3. Bien entendu, les professionnels du tourisme n’ont pas attendu l’avènement de cette nouvelle génération du web pour embrasser les innovations. L’arrivée de la génération des Millenials va, de fait, entrainer une redéfinition de l’offre touristique qui tiendra compte des nouveaux comportements et des nouveaux usages d’une génération pour qui, la frontière entre réel et virtuel n’existe plus.   

Annoncé comme une véritable révolution, le Web3 pourrait venir bousculer les modèles économiques établis. Voyage dans la galaxie touristique du Web3.

Le Web3 et le Tourisme sont-ils compatibles ?

La première question qu’il est légitime de se poser, lorsqu’on est un professionnel du tourisme, est de savoir s’il faut se lancer dans l’aventure Web3 ou s’il n’est pas trop tôt. Pour essayer d’obtenir une réponse à cette question, il faut en premier lieu comprendre ce qu’est le Web3 et quels sont les enjeux sous-jacents.

Le Web3 : Qu’est-ce que c’est ?

Le Web3 correspond à la 3ème génération du web, celle de la décentralisation. Basé sur la technologie Blockchain et les Smart Contracts, le Web3 promet de désintermédier les relations entre tous les usagers.

Trois générations du Web se sont succédés depuis le début des années 90

Après la première génération qui mettait à l’honneur un web informationnel, descendant et peu créateur de valeur (1995-2005), est apparu le Web2, plus social, plus contributif, plus collaboratif. Le tourisme a profité de ce tournant pour se réinventer et pour communiquer différemment : communautés, influenceurs, webmarketing, le secteur est entré de plain-pied dans le tourisme 2.0.

Tout comme il est aujourd’hui de bon ton de critiquer les abus liés au Web2 (oligopole des GAFAM, captation de la valeur créée, scandales liés aux fuites de données personnelles, etc.), le tourisme 2.0 est également sur la sellette :  surtourisme, conséquences néfastes sur l’environnement et les équilibres sociaux.

Aussi, les outils du Web3 (ceux qui permettront de dépasser les limites et critiques liées au Web2) pourront-ils être appliqués au tourisme de demain.

Le crypto-tourisme, une opportunité pour les acteurs du secteur

L’une des tendances qui se dessinent est ce que l’on peut appeler le crypto-tourisme. Le crypto-tourisme n’est pas une nouvelle forme de tourisme mais correspond à la possibilité nouvelle offerte aux professionnels du tourisme d’introduire les cryptomonnaies dans leurs offres. A l’origine, le crypto-tourisme est apparu dans les années 2017-2018 comme une forme de service touristique réservé aux amateurs de crypto-monnaies. The Blockchain Cruise organisait, avant la pandémie de Covid-19, des croisières exclusivement réservés aux passionnés qui pouvaient, lors de ces croisières, échanger sur le sujet grâce à des conférences, des ateliers sur le sujet. De plus, l’ensemble des dépenses pouvait être réglé en utilisant des moyens de paiement cryptographiques comme le Bitcoin ou l’Ether.

Moins élitiste, on trouve une autre forme de crypto-tourisme dont l’ambition est d’ouvrir le tourisme aux cryptomonnaies. Travala.com est un site de réservation d’apparence classique mais qui réserve quelques surprises. Comme d’autres sites avant lui, grâce à un moteur de recherche, il est possible d’indiquer des dates de voyages, un lieu de destination et l’algorithme se charge de trouver les meilleures offres. Classique. En revanche, ce qui est moins habituel c’est lorsqu’il faut valider le panier. Travala propose de payer ses réservations avec pas moins de 30 crypto-monnaies possibles. Grâce à la technologie blockchain, Travala propose un token (jeton) l’AVA qui permet également de régler ses achats. Pour inciter les utilisateurs à utiliser ce moyen de paiement, Travala offre plusieurs avantages :

  • Le token AVA octroie un rabais supplémentaire de 3% sur la somme totale.
  • Un « smart program » est proposé, comportant 6 niveaux donnant chacun accès à des récompenses et des réductions supplémentaires. Ces niveaux peuvent être atteint en fonction du staking de la cryptomonnaie Ava que les utilisateurs font en utilisant le service Travala (le staking est un processus de verrouillage de la cryptomonnaie dans le but de sécuriser la blockchain. Il repose sur le principe de la preuve d’enjeu).
  • Ce staking peut permettre d’obtenir des réductions suffisantes pour couvrir les coûts d’un voyage.

De son côté, Binance, l’une des plus grande place de marché mondiale concernant l’échange de cryptomonnaie, vient à son tour de sponsoriser le premier voyage entièrement payé en crypto-monnaies. L’objectif de cette opération est de montrer aux touristes du monde entier les avantages de la crypto-monnaies sur les monnaies locales. Pour cela, la société a fait appel à un couple d’« influenceurs voyages » Lauren Bullen et Jack Morris, installés à Bali. Pour cela, les deux acolytes seront dotés d’une carte de débit Binance Pay avec laquelle ils pourront régler la totalité de leurs achats

Des pays se lancent également dans l’aventure. La Thaïlande, par exemple, a mis en place fin 2021 un programme d’investissement touristique dont l’objectif est de relancer l’économie locale après la chute de fréquentation du pays lors de la pandémie de 2020. Selon Bloomberg, l’Autorité du tourisme de Thaïlande (TAT) travaille avec les régulateurs et une plateforme d’échange de cryptomonnaies locale pour permettre aux détenteurs de cryptomonnaies de dépenser plus facilement leurs cryptos dans le pays. La Thaïlande rejoint ainsi une liste de pays favorables à l’utilisation des crypto-monnaies comme moyen de paiement. Pour autant, elle est l’un des premiers pays à en faire un véritable axe stratégique pour le tourisme.

Enfin, selon certains, le crypto-tourisme pourrait constituer une opportunité pour développer le tourisme durable en encourageant les activités et les logements responsables notamment ou en axant l’offre de services touristiques vers des actions plus engagées, etc.

Tourisme, blockchain et D.A.O : la désintermédiation du tourisme

Le Web3 s’appuie sur l’infrastructure blockchain dont l’objectif est de désintermédier les secteurs d’activités qui ont recours à cette technologie. Le tourisme, comme les autres secteurs  doit s’intéresser à cette technologie qui lui permettra :

La blockchain permet donc de sécuriser les échanges tout au long de la chaine touristique. Mais la vocation première de la blockchain est la désintermédiation.

Tourisme 1.0 ou Tourisme 2.0 : un secteur encore soumis à une forte intermédiation

En permettant les échanges de pairs à pairs sécurisés et authentifiés, la technologie permet de réaliser des transactions en dehors de tout recours à des tiers de confiance. C’est à cet enjeu que répond Winding Tree qui est une solution permettant aux professionnels du tourisme d’entrer directement en transaction avec ses clients sans avoir besoin de passer par un tiers de confiance (travel planner, centrale de réservation, etc.). Pour cela, l’application offre des outils open-source et décentralisés permettant d’entrer directement en contact avec les communautés.

BTU Hotel est une start-up française. Elle permet la mise en relation entre les touristes et les hôtels ou les services de location de voitures de manière directe, sécurisée et sans frais de transaction. Le petit plus : plus vous réserverez de nuitées grâce à l’application décentralisée plus vous cumulerez de BTU, la crypto-monnaie créée par le service, qui vous ouvrira droit à des réductions à venir sur vos prochaines réservations ou chez des commerçants partenaires.

Tourisme et NFT : le combo gagnant

L’arrivée des NFT dans la tourisme laisse entrevoir des potentialités non seulement dans les usages mais également dans les modèles économiques.  Même si les services en sont encore à leurs prémices, il est indéniable que l’offre va continuer à s’étoffer à mesure que les consommateurs vont s’approprier ces sujets.

Parmi les possibilités offertes par les NFT, celui de la billettique. En avril 2020, Air Europa, la compagnie aérienne espagnole, annonçait son partenariat avec la société technologique TravelX afin de créer la première série de billets d’avion NFT au monde. La compagnie aérienne a vendu une série de 10 NFT. Chacun contenait un billet pour un vol spécial vers Miami pour le 29 novembre prochain, une œuvre d’art numérique ainsi que des entrées pour plusieurs évènements dans le cadre de la Miami Art Week qui se déroule en décembre.

Autre avantage procuré par les NFT et leur utilisation en billettique : le marché de seconde main. En effet, en transformant les billets en tokens, il est dorénavant possible de revendre les billets à une autre personne, chose compliquée avec la billettique classique. Takyon, une start-up basée en Italie, vient de lancer un nouveau système de réservations NFT. L’objectif : transformer la façon dont les gens planifient leurs voyages. Les réservations NFT sont revendables, ce qui signifie que dans le cas où le client souhaite annuler son voyage, il peut simplement le vendre à quelqu’un d’autre. Lorsqu’un client réserve un “séjour revendable”, l’entreprise génère un jeton non fongible qui représente cette réservation. Ainsi, le client peut facilement revendre sa réservation à n’importe qui et partout dans le monde. Ce, sans connaître l’acheteur, ni avoir à établir une relation de confiance avec lui.

Nous avons déjà parlé de Travala un peu plus haut. Cette entreprise de voyage qui mise sur la crypto-monnaie a également développé une série de NFT dans le but de fidéliser sa clientèle. La société a mis en vente 1 000 Travel Tigers, des NFT utilitaires (pour bien comprendre ce que sont les jetons utilitaires, visionner la vidéo ci-dessous) donnant accès au statut Smart Diamond. En plus de profiter de 10% de réduction sur les prix, les acquéreurs peuvent profiter de deals exclusifs sur des voyages et billets d’avion et profiter d’invitations à des évènements dans la vraie vie ainsi que dans le métavers. Avec cette vente de NFT, Travala veut créer une communauté autour de sa plateforme en la récompensant pour sa fidélité.

Travel Prime, start-up française, vient de lancer la première plateforme d’abonnement du tourisme. Présenté au salon IFTM Top Resa 2022, cette nouvelle plateforme permettra aux utilisateurs d’épargner pour leurs futurs voyages. Au fur et à mesure de leur abonnement, des offres leur seront proposées à des prix plus avantageux grâce à l’usage de la blockchain et son principe de désintermédiation. Pour son lancement, elle va mettre en vente une série de 5 000 NFT avec des indices de rareté. Chaque acquéreur profitera de la gratuité des frais d’abonnement à vie. La communauté de premiers utilisateurs pourra être consultée lors de modification apportée au service puisque le modèle de gouvernance de cette start-up repose sur le principe de la D.A.O., organisation autonome décentralisée.

Les territoires ne sont pas en reste. En effet, plusieurs pays, souvent des destinations touristiques, ont récemment lancé des initiatives en faveur des NFT. L’Arabie Saoudite a lancé les premiers « souvenirs NFTs », avec l’objectif de booster le secteur du tourisme. Ces souvenirs sont une collection de monuments et de paysages saoudiens modélisés en 3D et proposée sous forme de NFT aux touristes et aux investisseurs. En Inde, MakeMyTrip, site de voyages, propose une collection NFT conçue pour commémorer certains des lieux de voyage les plus populaires : les paysages de Goa, du Ladakh, de l’Orissa, de l’Himachal, du Cachemire, du Kerala, du Meghalaya, du Rajasthan et des îles Andaman et Nicobar. La collection contient 25 jetons pour chaque œuvre d’art et est disponible selon le principe du premier arrivé, premier servi : chaque NFT émis est vendu au prix de 14999 roupies (environ 180€). L’archipel des Bahamas situé au large de la Floride a décidé de lancer le Bahama Land Project qui est une collection de 7700 NFT inspirés de la culture caribéenne. Chaque NFT permet à son propriétaire de participer à une loterie dont les prix vont de cartes NFT jusqu’à des voyages tous frais payés sur les îles. A termes, l’objectif du projet est de construire un véritable village de vacances, composés de 6 loggias accessibles aux seuls détenteurs des NFT.

Enfin, pour terminer, deux exemples français : Cannes a annoncé être la première ville de l’Hexagone à se lancer dans l’aventure en avril dernier. Sous forme de NFT, la ville a numérisé 11 lieux emblématiques de son histoire (le Palais des festivals et des congrès de Cannes, le boulevard de la Croisette, le Port Canto, l’île Sainte-Marguerite (incluant le Fort Royal), l’écomusée marin Jason Decaires Taylor, la Malmaison, le Vieux-Port, le marché Forville, le Suquet, la Pointe Croisette et le Campus Georges Méliès). Ces NFT auront la particularité d’être mobilisables dans les mondes virtuels du choix des possesseurs. Plus récemment, l’Office de Tourisme de Dunkerque a signé un partenariat avec la start-up française Wytland dans le but de développer une collection de NFT dont l’objectif est d’attirer les touristes vers des endroits moins fréquentés grâce à des NFT cachés sur le territoire.

L’émergence du Metavers et le tourisme

Enfin, nous ne pouvons pas conclure cette note de veille sans aborder le cas du metavers. Comme nous l’avons mentionné en introduction, les usages et les comportements de la génération Z, les Millenials, ne sont plus les mêmes que ceux de leurs ainés. Nés avec le virtuel, ils ne peuvent imaginer leur vie sans cet univers numérique qui façonne leur quotidien. Pour eux, la frontière entre les deux mondes n’existe plus et pour cause : il n’existe pas deux mondes (réel et virtuel) mais un seul monde, un continuum entre le réel et le virtuel et ils passent de l’un à l’autre « sans couture ». Cette donnée doit être prise en compte par les professionnels du tourisme.

Et en ce sens, les initiatives se multiplient. On ne peut passer sous silence l’énorme travail réalisé par Patrick Moya, l’un des précurseurs des mondes virtuels. Cet artiste a investi Second Life il y a près de 15 ans pour y développer des projets artistiques et touristiques. MoyaLand est une surface virtuelle de 260000 m2 crée en 2007 dans l’univers Second Life. Afin d’offrir une expérience immersive aux visiteurs de MoyaLand, Patrick Moya a développé un véritable office de tourisme. MoyaLand est un véritable territoire touristique et artistique qui se déploie autour d’un ensemble de musées et d’actions culturelles, de soirées et de concerts ou de conférences virtuelles.

L’émergence du metavers permet de questionner directement les pratiques touristiques. En effet, depuis la pandémie de 2020 et la chute des voyages, la question de la virtualité du tourisme redevient pertinente. Cette nouvelle donne, permise par les évolutions technologiques, permet de repenser le tourisme autour de plusieurs axes de développement. La réalité virtuelle, par exemple, va permettre d’offrir aux metanautes (néologisme correspondant aux utilisateurs des metavers) des expériences immersives nouvelles en recréant des environnements du monde réel afin donner aux voyageurs une idée claire de ce à quoi ils peuvent s’attendre lorsqu’ils visiteront une destination particulière. En mai 2022, Benidorm, la fameuse station balnéaire espagnole a lancé BenidormLand, un metavers accessible aux 140 millions d’utilisateurs de la plateforme Steam qui permet de se déplacer dans la ville et sur les bords de plage comme si on y était.

Si ces solutions peuvent paraître déconnectées des pratiques ou en avance sur leur temps, il n’en reste pas moins que selon une étude Yougov réalisée les 24 et 25 février 2022, près d’un jeune sur deux (47%) entre 18 et 24 ans serait curieux de visiter une destination touristique à travers un metavers.

Les musées l’ont bien compris. Le Vatican a, par exemple, annoncé, en mai dernier, qu’au travers de sa fondation Humanity 2.0, qu’il allait proposer une galerie d’art virtuelle accessible via un casque de réalité augmentée et qui sera hébergée dans le metavers Sensorium. Mais le metavers permettra également aux visiteurs de se plonger dans le passé : le Musée d’Histoire Naturelle de Los Angeles a recréé en 3D, 12 modèles virtuels scientifiquement précis d’animaux de l’ère glaciaire.

Modèle 3D d’un bison antique reconstitué à partir d’un squelette découvert près de Los Angeles en Californie (Source : MNHLA)

A termes, le Musée intégrera ces modèles 3D d’animaux disparus dans des metavers afin que les metanautes du monde entier puissent découvrir, à distance, ces animaux préhistoriques. Grâce au metavers et à la réalité virtuelle, il sera peut-être possible demain d’évoluer dans des territoires disparus, au contact de populations ancestrales. C’est le pari de Yorescape, une application développée par Flyover Zone qui propose des « visites virtuelles » dans l’espace et dans le temps permettant aux touristes de découvrir, depuis chez eux, des univers reconstitués comme Acropolis, Tenochtitlan ou encore le Panthéon.

Le virtuel est-il prêt à remplacer le réel ?

En guise de conclusion, si les innovations technologiques permettent aujourd’hui de projeter le touriste dans un univers alternatif, de plus en plus réaliste et proposant des services à forte valeur ajoutée, le passage d’un tourisme réel à un tourisme virtuel n’est pas à l’ordre du jour. Plusieurs facteurs limitant peuvent être avancés.

Premièrement, le coût d’acquisition de ces technologies (que ce soit pour les professionnels du tourisme comme pour les touristes) est un frein important à la démocratisation des outils et des usages. Deuxièmement, si certains secteurs d’activités peuvent rapidement intégrer les évolutions technologiques liées au Web3 (on pense au retail), le tourisme sera plus long à transformer. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, le tourisme est « un phénomène social, culturel et économique qui suppose des mouvements de personnes vers des pays ou des lieux situés en dehors de leur environnement habituel, intervenant pour des motifs personnels ou pour affaires et motifs professionnels ». Cette définition, on le voit, fait la part belle à l’expérience, aux sensations, à la rencontre. Pour l’heure, les technologies relatives au Web3 ne permettent pas de répondre à cette définition. Pour autant, dans quelques années, lorsque les outils et les usages se seront démocratisés, la définition du tourisme s’élargira aux expériences virtuelles. Mais le chemin est encore long avant de partir en vacances depuis notre salon.

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mai 16, 2024